Ana Vaz - Août 2025
avant que tout disparaisse
que tout s’éteigne
avec la voix
incapable de dire
autre chose
que non
non
avant que tout disparaisse
avec le corps affamé de l’enfant
avec l’humanité déjà éteinte
qui meurt malgré
le dernier éclair
désir latent
de voir cela
ne plus être
avec le seul éclair
qui permet encore
de faire le premier
pas
tous les
matins
impossible à éteindre
le sourire certain et large
de l’homme qui cuit
le premier pain du monde
la première nourriture
de la terre
qui lutte pour ne pas être
le dernière
impossible à
éteindre
une telle
dignité
avant que tout ne disparaisse
que le langage ne
soit plus capable
que le cinéma n’ait
plus de moyens
que la poésie n’accepte plus
une telle barbarie
que le son refuse
de résonner au-dessus
de tant de bombes
bombes
suicidaires
de toute
l’humanité
bombes atomiques
multipliées
par la vaine arrogance
de ceux qui ont déjà
tout perdu
avant que tout ne disparaisse
avant que les morts
ne semblent plus vivants que nous
ils le sont déjà
que mourions
même sans mourir
en étant complices
d’une telle horreur
mourant quand même
un peu
chaque jour
à chaque image vue
à chaque millième de seconde
que la vue résiste
à voir :
le corps mutilé de l’enfant
le visage épuisé de l’homme
le torrent de larmes des mères
les mains des grands-mères survivantes
au milieu du cratère
tandis que règne
le silence
avant que tout disparaisse
et ne devienne qu’un énième obituaire
un énième archive
entre les mains de ceux
qui vivent à travers la mort
de ceux qui tuent pour pouvoir raconter
pour pouvoir être
le seul
qui raconte
avant que tout disparaisse
alors que nous
assistons à la barbarie
en temps réel
la véritable barbarie
des « civilisés »
zombifiés devant
les miroirs de lithium
après tous les dîners
tous les jours de l’année
sans exception
sans pause
sans trêve
sans aucun
cessez-le-feu
avant que tout disparaisse
qu’il n’y ait plus
aucune terre
sans hommes
aucune maison
de tuile
absorbée par la
chaleur du soleil
avant qu’elle ne s’éteigne
impossible
à éteindre
la danse des enfants
autour des
fontaines
la danse des garçons
au milieu des décombres
le sourire rebelle
de ceux
qui préparent
la nourriture sans
qu’il y ait
presque rien
presque rien
rien
rien
rien
il y aura toujours
il y aura
celui qui forge
le néant en tout
le deuil en lutte
le mot en poésie
l’image en manifeste
avant que tout ne disparaisse
impossible de disparaître
avant que
tout
n’apparaisse
disparaissant
apparaissant
à nouveau
en dehors de tous
les codes
en dehors de tous
les index
en dehors de toutes
les bibliothèques
en dehors de toutes
les archives
près de la
terre silencieuse
chaude
où rien
ne disparaît
tout est graine
mauvaise herbe
silence de la nuit
de l’image
que nous ne savons
pas encore
voir