DOC AVIV

APPEL AUX CINÉASTES FRANÇAIS PROGRAMMÉS AU FESTIVAL DOCAVIV — le Festival international du film documentaire de Tel-Aviv 2026.

Vous savez peut-être qu’en 2004, la société civile palestinienne — y compris l’écrasante majorité des cinéastes, artistes et travailleur·euses culturels palestinien·nes — a lancé un appel à la responsabilité politique et à la solidarité internationale sous la forme d’un boycott des institutions et événements culturels israéliens complices du régime israélien d’apartheid, d’occupation, de colonialisme de peuplement et, aujourd’hui, de génocide contre le peuple palestinien.

Cet appel s’inscrit dans le mouvement non violent Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), inspiré par la lutte anti-apartheid sud-africaine et le mouvement américain des droits civiques. Le BDS défend la liberté d’expression et s’oppose à toute forme de censure. Il cible les institutions complices — non les individus. Il s’agit d’un boycott des événements et productions soutenus, financés ou promus par l’État israélien et ses relais institutionnels.

UN FESTIVAL PARTENAIRE DU GOUVERNEMENT ISRAÉLIEN

Docaviv, le festival dans lequel votre film est programmé, est directement partenaire du gouvernement israélien d’extrême droite, notamment par le biais du ministère de la Culture et des Sports, du ministère des Affaires étrangères et de la municipalité de Tel-Aviv, profondément complice du nettoyage ethnique des Palestiniens autochtones.

Malgré son discours sur les droits humains et la liberté artistique, Docaviv n’a jamais pris position en faveur des droits fondamentaux et inaliénables du peuple palestinien tels que définis par le droit international.

Pendant que Gaza est détruite sous les yeux du monde, à quelques kilomètres seulement des lieux du festival, Docaviv continue de collaborer pleinement avec les institutions responsables de ce massacre. Ce silence n’est pas neutre : il constitue une forme de complicité.

LES SPONSORS DU FESTIVAL

Parmi les principaux sponsors cette année figure Yes, société israélienne privée de télévision par satellite, nom commercial de DBS Satellite Services, dont le principal actionnaire est Bezeq. Ces deux entreprises figurent dans la base de données de l’ONU recensant les sociétés impliquées dans les colonies israéliennes illégales en Cisjordanie occupée, ce qui constitue un crime de guerre au regard du droit international.

Harel (également connu sous le nom de Insurance Investments and Financial Services Ltd.) est le plus grand groupe d’assurance et de services financiers en Israël. Sa filiale de crédit immobilier, Gamla Harel, accorde des prêts, des financements et des assurances à des entreprises de construction édifiant des unités résidentielles dans les colonies israéliennes illégales de Cisjordanie occupée. Harel soutient également en tant qu’investisseur institutionnel les infrastructures reliant ces colonies, notamment l’extension du tramway de Jérusalem, qui traverse des terres palestiniennes occupées pour relier les colonies de Jérusalem-Est à Jérusalem-Ouest.

Azrieli Sarona est entièrement détenu et géré par le groupe Azrieli, qui a fait don d’au moins 10 millions de dollars pour soutenir l’État israélien durant son génocide contre les Palestiniens de Gaza. Par l’intermédiaire de sa filiale Granite HaCarmel, le groupe Azrieli possède également Sonol, qui exploite directement des stations-service, des commerces de proximité et des infrastructures commerciales dans plusieurs colonies israéliennes illégales en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est. Le groupe Azrieli détient par ailleurs une participation significative dans Bank Leumi, critiquée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU pour avoir financé, développé et accordé des prêts et des hypothèques à des entreprises de construction de colonies illégales.

LE SILENCE EST UNE FORME DE COMPLICITÉ

Permettre la projection de votre film à Docaviv revient, de fait, à offrir une caution culturelle à un État accusé de génocide devant les plus hautes juridictions internationales. Alors que plus de 72 000 Palestinien·nes ont été tué·es à Gaza, dont des dizaines de milliers d’enfants, les institutions culturelles israéliennes poursuivent leurs activités comme si de rien n’était, tout en bénéficiant de la légitimité apportée par des artistes internationaux.

Docaviv ne s’est jamais exprimé contre la destruction systématique des universités, bibliothèques, cinémas, archives et centres culturels palestiniens à Gaza. Le festival prétend défendre le documentaire et la mémoire tout en restant silencieux face à l’anéantissement d’un peuple et de sa culture.

S’ENGAGER À NE PLUS COLLABORER

Des dizaines de milliers d’artistes à travers le monde, dont plus de 5500 professionnel·les du cinéma et de nombreuses figures internationales, se sont engagé·es à ne pas collaborer avec les institutions culturelles israéliennes complices. Des festivals majeurs et des milliers d’institutions culturelles ont rejoint cet appel. Plus de 50 documentaristes israélien·nes ont eux-mêmes soutenu le boycott international des institutions cinématographiques israéliennes complices.

En 2019, le réalisateur marocain Nadir Bouhmouch a refusé une invitation à soumettre son film à Docaviv. L’année suivante, plusieurs participant·es se sont retiré·es du festival pour dénoncer sa complicité avec le régime israélien d’apartheid. Aujourd’hui, alors que le génocide se poursuit et que l’armée israélienne étend ses attaques à l’ensemble de la région, continuer à normaliser les institutions culturelles israéliennes n’est plus défendable. Chaque participation internationale sert à blanchir un système de violence coloniale et à maintenir l’illusion d’une normalité culturelle au coeur du crime.

En tant que collectif de cinéastes et travailleur.euses du cinéma oeuvrant pour une solidarité concrète envers le peuple palestinien, nous vous appelons à retirer immédiatement votre film de Docaviv et à répondre à l’appel de la société civile palestinienne. Refuser la normalisation est aujourd’hui une responsabilité éthique minimale.

L’histoire retiendra qui a choisi de détourner le regard — et qui a refusé d’être instrumentalisé pour donner un visage culturel à l’oppression.

La Palestine sauvera le cinéma
FRACBI
Mai 2026

Pour prolonger, voir le guide pour refuser la complicité avec les festivals de cinéma israélien