Eleftherios Panagiotou - Août 2025
Marseille – Athènes
D’un regard,
d’un sourire,
d’une petite phrase,
d’un geste de soutien.
À l’aéroport de Marseille, devant les machines de contrôle, les regards se croisent à nouveau.
Un autocollant sur l’ordinateur portable… pour la Palestine.
« J’aime beaucoup cet autocollant »,
me dit l’agente du contrôle en frôlant l’ordinateur qu’elle me rend.
Quelques mots,
quelques regards de solidarité échangés avec les autres employés qui suivent la conversation.
Une recherche commune de soutien face au génocide imposé par le régime colonial israélien.
Une poignée de main, une promesse – puis un « à bientôt »
échangé avec une inconnue au contrôle des bagages.
Je ne peux taire ces voix, ces pensées, ces besoins d’agir
venues des cinéastes, des travailleurs du cinéma,
des amis, des anciens étudiants de l’école de documentaire de Lussas,
qui rentraient de l’expérience des États Généraux du Documentaire,
perturbée cette année par les interventions et débats autour du boycott culturel.
Aux tables du Cours Julien à Marseille, sur les places de la ville,
s’ouvrent de nouveaux cercles de dialogue.
Comment se tenir aux côtés du peuple palestinien et de sa lutte incessante pour la libération ?
Avec papier et crayon, on cherche des voies d’action,
comment activer chaque possibilité qu’offre le boycott artistique.
“Il faut qu’ils prennent position.
Il faut que nous prenions tous position.
Il faut maintenant.
C’est le minimum.
Voilà. Le minimum.”
Je ne peux m’empêcher aussi de rapporter un autre sentiment, qui a dominé ces jours,
à la vue de certaines images consacrées cette année à la Palestine aux États Généraux.
Un sentiment qui prévoit une fin pour Gaza,
une fin pour les Gazaouis.
Un abandon devant la déshumanisation,
la révélation de la violence des images produites par Israël :
béton pulvérisé, désertification, vies fracassées.
La mélancolie d’une lamentation, un vœu pour un retour hypothétique au paysage détruit,
avec l’espoir que Gaza se reconstruise, un jour, dans l’avenir.
Mais où est la vie des Gazaouis ?
Pourquoi est-ce qu’on se précipite de les archiver sans les écouter ?
Pourquoi est-ce qu’on se précipite d’archiver leur lutte – une lutte qui devrait être aussi la nôtre ?
Où sont les images et les mots des vivants,
de ceux qui ne renoncent pas ?
Ne nous précipitons pas d’en finir avec Gaza
sur les écrans des cinémas et dans les stories.
Le cinéma n’est pas la chambre de l’expiation où s’accumulent
les larmes d’un pardon prématuré, ou déjà caduc, crocodilien.
Le cinéma est l’espace où naissent les communautés.
S’il se sauve, ce sera un autre cinéma :
un cinéma qui comprend, qui redéfinit ses forces
et les met à disposition des humains comme outil de libération.
Le cinéma se sauve
quand il touche,
quand il frotte,
quand il se salit, quand il se blesse,
quand il se confronte à la complexité,
quand il accepte de se déplacer, de changer, de prendre position, dans le présent.
Il prend position
comme noyau social,
comme corps,
comme matière qui peut se transformer,
soutenir,
résister
et se tenir debout lorsque les temps l’exigent,
dense et solidaire des luttes des hommes et des peuples qui combattent pour leur libération.