Simone Bitton - Août 2025
Depuis des décennies je parle et je filme à partir de ma place de documentariste soucieuse de rigueur historique – mais aussi en tant que juive arabe réfractaire au sionisme, par solidarité avec les opprimés et par fidélité à mon héritage. Le génocide me conforte dans ma démarche, en y ajoutant désormais une connotation désespérée que j’avais réussi jusque-là à contenir.
Pour le reste, je ne sais pas répondre à toutes les questions pertinentes que tu poses. Il me semble que chacun de nous sait très bien, au fond de lui-même, qu’il soit cinéaste, programmateur ou qu’il remplisse tout autre rôle dans notre milieu, en quoi sa pratique répond à des considérations éthiques, à des élans artistiques, où à un plan de carrière. Ou tout du moins, où son curseur personnel se place, à chaque instant, entre ces pôles. En temps de génocide ces choix se font plus pressants. Je ne me sens pas en position de donner des leçons à quiconque, mais il m’importe d’être exigeante envers celle qui, en moi, ne peut s’empêcher d’avoir honte de manger à ma faim et de dormir en paix pendant que d’autres sont affamés et tués en mon nom, que ce soit en tant que juive, en tant qu’Arabe ou en tant que citoyenne européenne.